Sven337

Épargne (2/2) : comment placer son argent

01 Mar 2016

Nous avons vu précédemment les caractéristiques d’un placement, et les objectifs d’épargne d’un particulier. Dans cet article je vais passer en revue les grandes familles de placements et leurs caractéristiques, ce qui permettra de choisir les bons placements en fonction de l’objectif choisi. Je vais donner mon avis, qui n’engage que moi. C’est ensuite votre responsabilité de faire les choix de placement qui vous conviennent. Chaque personne a sa propre sensibilité au risque et ses propres projets.

J’ai commencé cet article il y a plus d’un an et n’ai pas beaucoup avancé, principalement car je me suis rendu compte que je n’avais pas grand chose à ajouter par rapport à ce qui se trouve déjà en ligne ; et aussi parce que la stratégie d’épargne est une décision personnelle que chacun doit prendre en fonction de sa sensibilité propre. Parmi les ressources intéressantes, jlcollins (en anglais), dont j’ai déjà parlé, et le forum du site devenir-rentier.fr, malgré son nom assez ridicule, comprend de nombreuses interventions qui vous aideront dans votre réflexion.

Dépenser moins pour ne pas être esclave de son patron

De nombreuses personnes dans mon entourage m’ont fait part de leur désaccord avec mon souhait d’épargner le plus possible. Ma façon de voir les choses est la suivante : considérant qu’on doit travailler pour vivre, comment faire pour ne pas prendre des décisions qui vont nous emprisonner dans une vie qui ne nous satisfait pas. En d’autres termes, épargner, c’est ce qui vous permet de vous acheter le droit d’en avoir marre de travailler. Or, puisque vous passerez plus de temps au travail dans votre vie que de temps avec votre mari ou vos enfants, vous donner le droit de changer n’est pas un luxe. En épargnant, on peut s’assurer d’avoir la possibilité financière (avec l’épargne de niveau 2 et 3) de rechercher le bonheur. Sans épargner, on grave dans le marbre des décisions pour des décennies.

Les familles de placements

Comptes de dépôt à vue

Les comptes à vue sont les comptes les plus liquides : on peut déposer et retirer de l’argent à tout moment et sans contrainte. Je parle ici des livrets d’épargne, et du plus célèbre d’entre eux, le livret A. Les livrets sont proposés par toutes les banques, et sont le placement liquide par excellence. Ils sont très peu rémunérés, mais le risque est faible et la liquidité maximale. Il existe un grand nombre de livrets défiscalisés :

Ces livrets ont un plafond, et en général un taux réglementé fixé par l’État. Le livret A et le LDD à eux deux ont un plafond assez élevé, qui fait qu’il n’est pas tellement besoin de s’intéresser aux autres. Attention, le livret A est un peu connu comme “le livret du pauvre”, en réalité il est surtout intéressant si vous payez des impôts (car il est défiscalisé). Si vous n’êtes pas ou peu imposable, il est plus intéressant de se tourner vers un livret fiscalisé à taux assez élevé (type livret épargne orange chez ING).

Mention spéciale au livret Carrefour Banque qui n’a de livret que le nom : en effet ce placement est comparativement plus compliqué à liquider que la plupart des livrets, et de toute façon vous devriez avoir vos livrets dans la même banque que celle qui tient votre compte courant, ce qui vous permet de réagir très rapidement en cas de besoin.

Ces livrets sont utiles pour l’épargne d’urgence. Personnellement je les remplis complètement, ce qui me fait environ 30kEUR d’épargne d’urgence. C’est une grosse précaution, et de nombreuses personnes préfèrent placer plus aggressivement et garder un matelas plus faible.

Comptes bloqués

Il existe des comptes bloqués, c’est-à-dire des placements dans lesquels vous ne pouvez pas récupérer votre argent avant une certaine durée. Ces comptes ne peuvent évidemment pas servir pour l’épargne d’urgence, mais ils peuvent être intéressants dans certains cas. On distingue d’une part le plan d’épargne logement, et d’autre part les comptes à terme.

Plan d’épargne logement (PEL)

Le PEL est un compte bloqué, dont les intérêts ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu (mais aux prélèvement sociaux). Son taux est assez intéressant (plus pour longtemps), et il n’est pas spécialement dédié à l’achat d’un logement.

Comptes à terme

Les comptes à terme sont assez peu développés en France. Le principe est que vous allez prêter de l’argent à votre banque, qui va le conserver pendant un certain temps, et vous verser des intérêts. Les taux sont plus élevés que les placements mentionnés au-dessus, avec un risque quasi-nul et un rendement garanti. Il fut un temps où VTB proposait des taux attractifs, ce n’est plus vraiment le cas (et puis souhaitez-vous vraiment financer une grande banque russe, au vu des velléités territoriales de Vladimir). Les banques françaises proposent ces produits de manière confidentielle ; leur taux d’intérêt est trop bas pour en être digne (d’intérêt). À l’heure où j’ai commencé mon article, les comptes à termes étaient encore vaguement intéressants ; mais à l’heure où je le termine en 2016, les taux d’intérêts sont bien trop bas pour être rentables, même pour une personne non imposable.

Épargne spéculative

Après les placements à taux fixe, voyons désormais une autre façon de “faire travailler son argent”. Précédemment, le principe était de mettre son argent “à disposition” d’un tiers, qui va s’en servir et vous rémunérer pour cela. Ici, nous allons faire tout autre chose : nous allons acheter quelque chose, en espérant trouver un jour un pigeon qui nous rachètera cette chose plus cher qu’on ne l’a payée. Bienvenue dans le monde de la spéculation.

En gros, il y a deux moyens de procéder à ce type d’opération : soit en passant par les marchés financiers, soit dans l’immobilier.

Épargne financière

Actions en bourse

La chose la plus répandue, et dont j’ignore pourquoi tout le monde (en tout cas dans les média !) s’imagine qu’il est bénéfique pour la société qu’elle existe, c’est d’acheter des actions en bourse. Non, lorsque vous achetez des actions en bourse, vous n’aidez en aucune façon l’entreprise. Parfois, dans des cas très rares et qui s’appellent une introduction en bourse, vous aidez l’entreprise à accroître son capital. Dans les autres cas, vous n’êtes que le pigeon de quelqu’un d’autre, et votre souhait de voir le cours de bourse monter (c’est-à-dire le prix que des plus pigeons que vous sont prêts à payer) a en majorité des conséquences négatives pour la société :

Le problème, c’est que la bourse est un très bon moyen de s’enrichir, car à long terme et en moyenne, elle rapporte environ 6% par an, et cela sans bouger de sa chaise. Contrairement à l’immobilier, la bourse permet également de s’engager avec de petites sommes, et d’en rajouter au fur et à mesure ; et la liquidité est optimale (il est possible de revendre très rapidement si nécessaire… selon l’humeur du marché le mois concerné, cela peut se faire avec de grosses pertes ou au contraire avec une belle plus-value). Ainsi, il devient difficile d’ignorer la bourse quand on a rempli son épargne d’urgence.

Stratégie

De nombreuses personnes “boursicotent” c’est-à-dire qu’elles tentent de réaliser des opérations “aller-retour” en achetant et revendant dans un délai court. Cela nécessite du temps, représente un risque important (car, s’il est relativement aisé de prédire que l’économie se portera de mieux en mieux et que par conséquent le cours de l’action à long terme va augmenter, il est beaucoup plus dur de faire la moindre prédiction sur le cours d’une action à court terme), et au final ne s’avère pas toujours rentable, notamment parce que les frais de courtage peuvent plomber les résultats.

Le meilleur choix, qui allie bonne rentabilité, faible charge de travail, et relative sérénité, consiste à faire du buy and hold : on achète des actions qu’on va conserver très, très, très longtemps, et on ne se soucie pas trop du cours parce que de toute façon, ça va monter. Cela peut paraître être un acte de foi (et ça l’est dans une certaine mesure, mais guère plus que ceux qui disent la même chose de l’immobilier), mais il faut bien voir que parier sur une forte baisse à long terme du cours des actions est une hypothèse d’apocalypse sur l’économie mondiale, un cas dans lequel on voit mal comment n’importe quel placement peut avoir une bonne performance (sauf peut-être l’immobilier qui sert, dans une certaine mesure, de protection contre les évènements mondiaux… au prix d’une forte exposition aux évènements locaux). Je ne crois pas qu’on puisse construire une stratégie de placement à 20 ou 30 ans en faisant l’hypothèse d’apocalypse - car dans ce cas la seule “stratégie” est de tout dépenser de suite. C’est certainement optimal vis-à-vis de l’apocalypse, mais ce n’est pas forcément ce qui maximisera votre bonheur à long terme, pour des raisons déjà exposées.

Choix d’actions : stock-picking ou tracker

Une question qui va rapidement se poser est “quelle action dois-je acheter”. Il existe deux approches : le stock picking et la diversification extrême. La bonne réponse est la diversification extrême, c’est-à-dire d’acheter “toutes les actions”. Ce n’est évidemment pas faisable en direct, car il faudrait des sommes astronomiques pour pouvoir se payer une action de chaque société cotée dans le monde (et ça serait énormément de travail ne serait-ce que de passer les ordres d’achat et de vente). On perd un peu en rentabilité, mais le risque et la volatilité sont diminués, ce qui permet de gagner en sérénité, quelque chose d’important dans une stratégie long terme (car il ne faut pas prendre peur à la moindre vague, pour cela le plus simple est de minimiser le nombre de vagues !).

Il existe des fonds indiciels : ce sont des fonds (c’est-à-dire de l’argent mis en commun par plusieurs personnes) qui s’occupent d’acheter des actions qui répliquent la variation d’un indice, par exemple le très connu CAC40 (qui est un assez mauvais choix de tracker par ailleurs). Ces fonds sont parfois accessibles en direct, mais c’est plutôt une caractéristique du marché américain (avec le très connu Vanguard). En Europe, on a plutôt accès à des trackers, c’est-à-dire des fonds indiciels cotés en bourse, aussi appelés ETF (exchange-traded funds) en anglais. Pour les trackers que je détiens, je fais un mix (sur PEA) entre les indices suivants: STOXX Europe 600, MSCI World, MSCI EM, MSCI USA, NASDAQ-100.

À noter que le stock picking est tout de même amusant pour son aspect casino, donc j’en fais un petit peu, mais en engageant toujours de faibles sommes. Par exemple j’ai récemment fait une opération aller-retour (qui a duré plus longtemps que prévu à cause de la baisse générale des marchés en février) sur Renault juste après les annonces de triche aux tests anti-pollution, qui m’a rapporté 6% en un mois.

Produits dérivés

Les produits dérivés sont des montages complexes qui sont tristement connus comme étant dangereux. Dans les grandes lignes, il s’agit de paris sur l’évolution future d’un cours ou d’un taux, et à ce titre on est plus près du casino que du placement. Pour un particulier je ne vois vraiment pas l’intérêt de ce genre de montage, qui enrichit avant tout la banque. Cela dit, ils peuvent parfois être utiles : l’essentiel des trackers que je détiens sont des trackers à réplication synthétique, ce sont donc des produits dérivés. L’intérêt de la réplication synthétique est qu’il permet d’avoir une éligibilité au plan d’épargne en actions (PEA), une niche fiscale qui annihile la fiscalité sur les plus-values (et qui est donc particulièrement intéressante pour les personnes fortement imposées).

Immobilier spéculatif

L’immobilier spéculatif, c’est acheter un bien en espérant le revendre plus cher un jour à un pigeon. Beaucoup de foyers en France se lancent dedans sans trop y réfléchir, et si la recette a bien fonctionné dans les décennies passées (grâce à la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier), il n’est pas évident que les choses continuent dans la même direction, tant le logement coûte cher par rapport aux revenus des français. En plus de cela, l’immobilier spéculatif a de nombreux problèmes pour un investissement :

Voir encore et toujours chez jlcollins pour plus de détails.

Les seuls qui gagnent à tous les coups dans l’immobilier spéculatif, à ce jour, sont les grands promoteurs qui achètent un terrain, construisent, et vendent des logements neufs à deux à trois fois leur coût.

Activité capitaliste

Plutôt qu’une position spéculative, on peut vouloir faire réellement travailler son argent, et avoir une activité capitaliste. J’en distingue deux : d’un côté l’immobilier locatif, de l’autre la création d’entreprise. Le premier est accessible à tous, le deuxième demande une idée, une équipe, et pas mal de chance.

Immobilier locatif

L’immobilier locatif est un investissement que je ne pratique pas moi même pour l’instant, mais qui m’intéresse dans une optique de diversification. En effet, mes placements sont pour l’instant fortement dépendants de la bourse, et s’il est vrai que je ne suis pas spécialement inquiet à long terme, je voudrais éviter qu’une crise économique mondiale durable ne creuse un trop gros trou dans mon pouvoir d’achat, et l’immobilier locatif peut me protéger de cela. En contrepartie, je prendrai un certain nombre de risques locaux (dégradations, impayés, absence de demande locative locale, nouvelles loi encore plus contraignantes pour les propriétaires bailleurs, …), ce qui justifiera d’attendre une rentabilité bien plus importante qu’en bourse.

Le principe est d’acheter un logement pour le mettre en location. Le lieu est déterminant, d’une part pour attirer les locataires, mais aussi et surtout pour garantir la rentabilité. Les grandes villes en France se distinguent par leur prix d’achat très important par rapport aux loyers (compter 20 à 30 ans de loyer selon le lieu), ce qui en fait des endroits de faible rentabilité locative (en contrepartie d’un risque - discutablement - plus faible). Si vous avez prêté attention aux 6%-par-an-à-long-terme que j’ai mentionnés ci-dessus pour la bourse, vous vous rendez compte que je m’apprête à exiger une rentabilité bien supérieure à cela, c’est-à-dire qu’il faudra que l’appartement me coûte (beaucoup) moins que 20 ans de loyer.

On peut diminuer le prix d’achat en choisissant des logements à rénover (à condition de savoir correctement calculer le budget travaux), mais même cela ne semble pas être suffisant pour rendre les grandes villes intéressantes pour l’investissement locatif. Le mieux pour obtenir une bonne rentabilité est de s’éloigner des métropoles et viser des “coins paumés” où bien souvent les logements ne se vendent que pour une dizaine d’années de loyer, parfois beaucoup moins selon l’état. Évidemment, ces coins étant moins attractifs, il faudra soigneusement étudier le marché local, et accepter des locataires beaucoup moins solvables que dans les grandes villes. Cela représente un risque supérieur qui vient compenser la grosse rentabilité.

La fiscalité sur les revenus locatifs est très complexe (et complètement différente en nu et en meublé), mais pour une fois son seul effet pervers est plutôt positif pour la société. En effet, elle pousse les personnes fortement imposées vers une plus grosse rentabilité, c’est-à-dire en pratique vers la rénovation de ruines situées en centre-ville de petites villes sinistrées économiquement… ce qui a pour effet d’améliorer fortement la qualité des logements dans la zone.

L’immobilier locatif fonctionne bien pour placer un capital existant, mais il est également pratiquement le seul moyen de s’enrichir pour quelqu’un qui n’a pas beaucoup d’argent. En effet, l’immobilier est un secteur qui donne accès au crédit bancaire à des taux très attractifs (surtout en ce moment !). Tout emprunt dédié à un autre but (placement boursier - à éviter car gros risque, création d’entreprise, etc.) est d’une part difficile à obtenir, et d’autre part beaucoup plus coûteux en terme de taux. En pratique, l’utilisation d’un crédit sur une longue durée permet de se faire payer intégralement l’appartement par les locataires, en vingt à vingt-cinq ans… et le revenu locatif est compté (partiellement) comme du revenu disponible par les banquiers, ce qui permet de renouveler régulièrement l’opération et de se constituer à terme un capital conséquent.

J’étudie actuellement un projet d’investissement locatif, mais assez mollement du fait de l’énorme travail que cela représente par rapport aux placements boursiers, et du niveau de risque par rapport aux dégradations et impayés lorsque des locataires insolvables sont en place (ce qui sera probablement le cas dans mon projet, au vu du taux de chômage local).

Création d’entreprise

Le deuxième vrai moyen de s’enrichir pour quelqu’un qui possède très peu, c’est de créer son entreprise et qu’elle fonctionne. D’un point de vue strictement financier, le rapport rentabilité/risque en bourse est, je pense, bien plus intéressant. Mais personne ne crée son entreprise uniquement pour s’enrichir.