Sven337

Enquête annuelle IESF 2016 - commentaires

29 Jun 2016

L’IESF réalise chaque année une enquête auprès des ingénieurs inscrits à son répertoire, portant sur divers points. Elle publie ensuite une étude au format PDF qui était, par le passé, gratuite, mais qui semble désormais être vendue 10 euros. Les personnes répondant à l’enquête reçoivent une copie gratuite, sur laquelle j’ai mis la main, mais je ne vais pas la diffuser intégralement ici. Par contre, je vais en faire une critique en citant quelques passages, en application de l’article L122-5 du code de la propriété intellectuelle.

Le nombre d’ingénieurs en France

Page 3 du PDF, “Une profession appréciée”, nous donne les informations suivantes :

La proportion d’ingénieurs ne cesse de croître dans la population. 38 000 nouveaux ingénieurs ont été diplômés en 2015, remplaçant 8000 à 9000 départs à la retraite. Le nombre d’ingénieurs approche le million. 780 000 sont en activité […]

En d’autres termes, le nombre d’ingénieurs en 2015 a augmenté de 3.8%. Notre société a-t-elle réellement besoin de plus en plus d’ingénieurs ? En réalité, on assiste à une inflation des diplômes : on demande un bac+3 là où le bac suffisait, et un bac+5 là où un bac+3 suffisait. Le problème, c’est que les jobs en France ne deviennent pas en moyenne plus complexes ou plus exigeants chaque année, et surtout pas de presque 4% par an. Notre système scolaire sort donc des ingénieurs qui ne pourront pas trouver de travail comme ingénieur. À la place, soit ils opteront carrément pour une reconversion (comme c’est arrivé dans mon entourage, après avoir observé qu’il n’y a pas de travail pour tous les ingénieurs dans certains domaines où on continue pourtant à en former), soit, plus couramment, pour un poste “déqualifié” qui aura le titre d’ingénieur, mais pas les fonctions.

Les écoles d’ingénieurs, souvent, forment le plus d’élèves possible, sans vraiment tenir compte des capacités du marché du travail à absorber les jeunes diplômés. Les chiffres ne le montrent pas directement car ce ne sont pas les ingénieurs qui souffrent le plus de cela : on les recrutera là où on recrutait auparavant des techniciens, qui eux-mêmes prendront les postes d’ouvriers, qui eux prendront place à Pôle Emploi (où on leur expliquera que c’est de leur faute s’ils ne trouvent pas de travail). Cela aboutit, de manière générale dans le pays, à une inflation des niveaux de diplômes. Il faudra bientôt avoir le bac pour être caissière (et c’est déjà souvent le cas).

Les entreprises s’accommodent très bien de cela, comme j’ai pu l’observer personnellement dans une grande entreprise française, sur laquelle j’aurai l’occasion de revenir. En effet, les chefs intermédiaires au sein des entreprises, en particulier les grandes, sont à la recherche d’une valorisation personnelle qu’il leur est souvent difficile de trouver dans leur travail au quotidien. Il est ainsi tentant de flatter son égo en recrutant une équipe “d’ingénieurs” pour leur confier un travail de technicien. Cette pratique est malheureusement courante, et personne dans l’entreprise n’y met fin, tant tout le monde est fier de la complexité du travail de l’entreprise, qui prouve aux yeux de tous leur propre intelligence.

Ainsi, même si les chiffres du recrutement des ingénieurs ne font pas apparaître de problème particulier, il n’est pas normal que la fraction d’ingénieurs augmente dans la population, et le risque de déplacer les diplômés d’un niveau inférieur est réel.

Les salaires

Le salaire d’un ingénieur démarre à 34 000 euros brut par an (à 23-24 ans) pour atteindre 100 000 euros en fin de carrière (médianes). Le salaire médian triple au cours de la carrière.

Tripler, c’est beaucoup ! Et pourtant… pour une carrière d’une durée de 45 ans, un triplement correspond à une augmentation annuelle de 2.5% par an. Dans l’absolu cela semble peu, mais un ingénieur en fin de carrière a-t-il vraiment 3 fois plus de valeur pour l’entreprise qu’un ingénieur en début de carrière ? Je pense sincèrement que non, et cela n’est pas étranger au problème du chômage des salariés de plus de 50 ans : ils coûtent tout simplement trop cher par rapport à ce qu’ils apportent à l’entreprise. C’est un point qui est rarement abordé dans le débat public : est-ce que le système “mon salaire augmente tout au long de ma carrière sans jamais diminuer” est vraiment logique ? J’ai remarqué que cela posait des difficultés psychologiques pour les salariés qui sont dans la deuxième moitié de leur carrière : en effet les propositions d’emploi qu’ils reçoivent sont à des salaires inférieurs à leur emploi précédent, ce qui porte atteinte à leur estime d’eux-mêmes alors que le job et sa rémunération seraient parfaitement acceptables. Il faut bien voir que 90% des ingénieurs de plus de 45 ans gagnent au moins 50 000 euros par an, d’après l’étude, ce qui est loin d’être un mauvais salaire ! (Évidemment, il faut savoir épargner un petit peu.)

Le lieu de travail

Province 50% Île-de-France 34% Étranger 16%

“Seulement” 34% des ingénieurs travaillent en Île-de-France, qui représente environ 18% de la population française. Donc, si vous voulez épouser un(e) ingénieur, il vaut mieux draguer à Paris !

Dans la répartition par région, la région Auvergne-Rhône-Alpes (c’est-à-dire Lyon…) est en deuxième place après l’île de France, avec 15% des emplois (sans compter ceux à l’étranger), loin devant tous les autres. En exagérant un peu, un ingénieur a donc une chance sur deux de travailler à Paris ou à Lyon. Bon à savoir pour les étudiants qui n’aiment pas les grandes villes.

Satisfaction dans l’emploi

La satisfaction dans l’emploi ne dépend pas de la spécialité, mais des fonctions exercées dans l’entreprise.

C’est un résultat auquel je ne m’attendais pas.

Près d’un ingénieur sur quatre recrutés en 2015 a rejoint une société de services

C’est une donnée tous secteurs confondus. Je suppose que c’est plus en informatique. À noter que la classe d’âge majoritaire parmi les consultants est la classe “moins de 30 ans”. C’est facile à comprendre, mais assez illogique étant donné qu’un consultant est supposé être quelqu’un disposant d’une expérience…

40% des 30-39 ans ont changé d’employeur les 5 dernières années

On apprend également que près de 80% des salariés qui ont changé d’emploi se déclarent satisfaits de leur changement.